Author Topic: Wikileaks Actu - Re: Bonjour de Stratfor, pensées sur la Côte d'Ivoire (1)  (Read 1523 times)

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Il y a un commentaire personnel en début d'article - Setanta/willsummer :)


Email-ID    5042962
Date    2011-01-28 17:40:36
From    [email protected]
To    [email protected]

 

Suit ci-dessous la traduction d’un courriel envoyé par Nidra Poller à Mark Schroeder, analyste de Stratfor en charge de l’Afrique sub-saharienne (voir l’article précédent sur Wikileaks Actu). Nous constatons qu’il y a échange d’informations entre ces deux individus; Mme. Poller accepte un dialogue et envoie dans son message le texte de deux articles - le premier en anglais (aussi traduit par mes soins) et le deuxième en français - qu’elle a écrits au sujet du changement de régime en Côte d’Ivoire et de l’implication de la France dans ce contexte.

Il est important de noter que, bien que les article énoncent des informations exactes mais présentent, à titre accusatoire, une interprétation très peu reluisante de la diplomatie française, ils s’inscrivent dans le contexte particulier que sont les opinions personnelles de Mme. Poller, qui sont le fruit de ses affinités personnelles. Bien qu’elle mette en lumière de manière crue et correcte des travers de la diplomatie française et leurs effets sur le terrain en RCI (République de Côte d’Ivoire) comme d’un point de vue de réputation internationale, son ton et ses références au conflit israélo-palestinien laissent transpirer, à l’image de ce qui est parfois reproché aux Français, un “anti-gallicanisme primaire” (sic) et une opinion tranchée en faveur du camp sioniste atlantiste contre le camp palestinien dans l’affaire du Moyen-Orient. Ce qui la place tout droit dans les carnets d’amis de Stratfor et de leurs commanditaires…

Ce qu’il est intéressant de voir à travers cette communication – à mon avis – c’est l’état d’esprit dans lequel se trouvent non seulement les adversaires de la liberté et de l’indépendance  ivoiriennes – ici, tous ceux qui ne sont pas originaires de Côte d’Ivoire: Français, États-Uniens, Burkinabés, Maliens… – à travers le prisme de l’interprétation renseignée mais biaisée d’une écrivaine états-unienne vivant à Paris depuis 1972, mais aussi et surtout celui de ceux qui, chez Stratfor, dans les cercles de leurs contacts, employeurs et connaissances, travaillaient à décoder la politique française à cette époque, cherchant le moment propice pour avancer leurs propres pions…

Aujourd’hui Alassane Ouattara est au pouvoir en RCI, et les témoignages recueillis par WikiLeaks via les Stratfor Files elles-mêmes démontrent que c’est un autocrate sanguinaire, dans la “tradition” de la longue mélopée de la souffrance africaine; il est reçu à l’Élysée mais tout le monde sait que ses affinités logent à Washington – n’a-t-il pas impulsé une politique d’austérité et de privatisations tous azimuts, comme un bon élève du néo-capitalisme? De là à dire que les USA ont pu aider les Burkinabés et les Maliens Dioulas (comme Ouattara) à envahir le nord de la Côte d’Ivoire pour y placer un fantoche qui amène ses valises à Paris mais offre des contrats à l’oncle Sam, il n’y a qu’un pas… qui est celui de passer de cette conjecture à une accusation. Où je ne m’avance pas encore; mais où que je porte le regard, là où je vois des troubles, je vois la patte de Washington et de la clique qui s’y agite, dont les griffes sont pleines du sang d’innocents.

willsummer

 

    Cher Mark Schroeder,

    Merci pour votre note et votre invitation au dialogue. Commençons en regardant en arrière vers deux articles que j’avais écrits dans les premiers stades du conflit en Côte d’Ivoire, quand les forces rebelles ont attaqué le gouvernement légitime depuis le nord. La dispute actuelle autour des élections présidentielles est la suite de cet affrontement. Le gouvernement Sarkozy ne va pas défendre Ouattara avec davantage que des mots. Comme je l’ai dit dans mon message à Courtenay Weldon, les froces qui soutiennent Ouattara ne sont pas européennes, même si la France rejoint la “communauté internationale” en déclarant que Ouattara a gagné les élections L’animosité de Chirac envers Laurent Gbagbo s’est transposée dans le gouvernement actuel mais je soupçonne que cela vienne davantage du Quai d’Orsay que du président.

    Cordialement,

    Nidra Poller

     

    FRANCE ON AN IVORY COASTER (jeu de mots avec Ivory Coast, Côte d’Ivoire, et ivory coaster, caboteur transportant de l’ivoire, ndt)

     

        Qu’est-ce que c’est que cette histoire? La France, la France de Jacques Chirac, chef des faiseurs de paix, est dans un combat mano a mano avec Laurent Gbagbo, président démocratiquement élu de RCI. La querelle mijotait depuis des années. Et je n’ai pu m’empêcher de prendre parti pour Gbagbo (Yamoussoukro mon amour, www.menapress.com février 2003), parce que nous avons traîné ensemble aux veux jours où il s’habillait en pulls à col roulé et se cachait de l’ire de Houphouët-Boigny, l’homme providentiel, le genre de leader stable favorisé par les intérêts français installés.

        Alors que se passe-t-il maintenant et quel est le rapport avec les troubles au Moyen-Orient?

        Il y a quelque chose de plus satisfaisant que de rire depuis son ventre en voyant l’armée française tirant sur des foules en colère. Usage excessif de la force, vous vous souvenez? Il y a quelque chose de plus noble que de jubiler sur les jubilateurs. Quelques soient les privilèges dont ils aient pu jouir dans les années déclinantes du néo-colonialisme, les Français vivant en RCI ne méritent pas d’être dépouillés de tout ce qui leur appartient, tabassés, effrayés à mort et chassés comme des rats. Il y a beaucoup à apprendre de cet aspect d’une situation qui reflète curieusement les thèmes inclus dans le gouffre allant s’élargissant franco-états-unien.

        Le fiasco de la RCI n’est pas une anecdote exotique, c’est le dessous de la réprimande hautaine dirigée aux USA et à Israël, les archi-ennemis de la France. Il nous a été dit que le 11 septembre était de notre faute, l’intifada d’Al Aqsa était de notre faute, les attentats-suicide sont exactement ce que les Israéliens avaient demandé, la guerre en Irak est une exploitation scandaleuse du néo-néo-colonialisme, le bourbier est de notre faute et bien mérité. Nous avons été accusés de ne pas respecter le droit international, la Convention de Genève, les Droits de l’Homme, et les règles de l’étiquette.

        De quoi sommes-nous coupables dans ces yeux gallicans? de manque de savoir-faire? Non. Pire. Nous sommes coupables de ne pas être français. Et n’étant pas français, de ne pas laisser les Français diriger la barque.

        Et voici un spectacle qui est tout pour la frime et regardez ce qu’ils ont fait. Une vraie bagarre, du grabuge, un exode de masse, un gros bordel. la base française sur la ligne de la “zone de confiance” qui divisait le pays a été bombardée et neuf soldats tués; les Français ont répliqué, détruisant tous les avions du président Gbagbo; ceci a révolté la population, la population a rabattu sa colère sur les résidents français, les Français ont envoyé des renforts, ont tiré sur les foules, tuant et blessant des civils, et maintenant ils lâchent tout et fuient. Est-ce que ce n’est pas triste à voir?

        Mais la honte et la défaite ne mettent pas un terme aux poncifs. Le but ultime, nous sommes informés, est de rétablir l’ordre, de revenir à la table des négociations, et de forcer tout le monde à vraiment appliquer les Accords de Marcoussis, un accord de paix français modèle. Quand des rebelles armés ont essayée un coup d’état en 2002, la France tricha sur ses obligations par traité de défendre le gouvernement démocratiquement élu et à la place fit pression sur Laurent Gbagbo pour qu’il fasse des concessions aux rebelles. Les rebelles prirent le contrôle du nord, le pays était divisé, l’ambiance dégénérait, l’économie en pâtissait et l’opinion publique française était maintenue à l’écart alors que l’attention était détournée sur les méfaits de Bush et de Sharon. de temps en temps une maigre bribe d’info, tordue de façon à servir les intérêts du Quai d’Orsay, était lâchée sur les ondes. Les rebelles étaient dénommés les ex-rebelles, alors même qu’ils menaçaient de marcher sur Abidjan. Ensuite ils sont devenus les Forces Nouvelles. C’est-y pas beau, ça? Les Forces Nouvelles. Une bouffée d’air frais venue du nord. Des journalistes africains rapportaient que Qaddafi était derrière la rébellion. Un petit peu d’Islam pour épicer les Forces Nouvelles. Naturellement elles n’étaient pas financées par le Burkina Faso, l’un des pays les plus pauvres d’Afrique.

        Guillaume Soro, le chef rebelle, fut interviewé avec le même respect exagéré que les journalistes français accordent aux leaders du Hamas. Il parla comme un imbécile ou un accro au crack ou les deux mais cela ne fit pas un pli à sa réputation. Tout devait être symétrique: personne ne savait comment prononcer le nom de Gbagbo (c’est Babo, pas G’bag’bo), personne ne savait qu’il est historien et écrivain. C’était le méchant et le chef rebelle devait être traité comme s’il sortait tout droit de la Sorbonne.

        Mais ce n’était pas assez pour conserver la paix. Janvier 2003: entrent les fameux Accords de Marcoussis. C’est la “French Touch” en diplomatie. Un conflit doit être résolu cérémonieusement dans des salons recouverts de dorures dans des palais du gouvernement à Paris ou, d&ans le cas de Marcoussis, dans des châteaux magnifiques. (Vous voyez pourquoi Camp David devait capoter?) Opération média du début à la fin. Des sourires avec des épingles à cravate dans tous les coins. Des grosses voitures de luxe qui arrivent, qui s’en vont. Un semblant de discussion et, sous la table, un règlement sévère imposé par celui qui à l’avantage.

        Les Accords de Marcoussis étaient une pilule amère qu’aucun président digne de soi ne pouvait accepter. Quels que puissent être les griefs légitimes troublant le coeur de la société ivoirienne, ils ne pouvaient pas être réglés en amenant les rebelles à l’intérieur du gouvernement. ceci n’est pas un accord de paix, c’est un coup d’état. Et c’est ce qui a été imposé à Gbagbo: non seulement devait-il consentir à laisser entrer les rebelles dans son gouvernement, il a dû leur donner les ministères de la défense et des forces armées, et de l’intérieur.

        Cela semble-t-il familier? C’est la même diplomatie qui insiste d’inclure le Hamas, le Hezbollah et d’autres organisations terroristes dans les négociations de paix israélo-arabes et d’éventuels gouvernements palestiniens. C’est la puissance qui se veut mondiale qui veut inviter les “résistants” irakiens à la conférence internationale sur l’avenir de l’Irak. c’est le raisonnement derrière les mouvements pacifistes qui étaient toute la mode au printemps 2003. Que faites-vous avec les brutes? Nommez-les chefs de la police!

        Aujourd’hui, quand la politique française est immergée dans des passions douteuses et la vérité grignotée par l’acide de la haine, le gouvernement et les médias travaillent main dans la main pour assassiner leur proie choisie. George W. Bush et Ariel Sharon ne peuvent être secoués par la haine vicieuse qui est déversée sur leurs têtes. Même Tony Blair résiste. Mais Laurent Gbagbo est africain. Quand il a fait un effort de le dernière chance pour réunifier son pays divisé cela a déclenché une explosion de simagrées qui révèlent l’hypocrisie du prosélytisme pour la paix de la France.

        Sous les termes de la Feuille de Route de Marcoussis, les rebelles étaient censés rendre les armes. Ceci n’est pas arrivé. L’armée de l’air de Gbagbo a attaqué leur place-forte. Le lendemain – volontairement ou accidentellement – a bombardé une base aérienne française, tuant 9 soldats et en blessant des douzaines. L’enfer n’a pas de pitié.

        Le Premier Ministre Jean-Pierre Raffarin (cité dans Le Monde du 10 novembre 2004) déclara: vous ne pouvez pas tuer des soldats français sans vous attendre à des représailles immédiates. Ah bon? Je croyais qu’Israël avait tort et était maudit et condamné parce que ses soldats tiraient quand ils se faisaient tirer dessus. Et les USA avec cette attitude de cowboy, pensant que quelques milliers de morts le 11 septembre 2001 pouvaient justifier une folle aventure en Afghanistan et un Vietnam plein de sable en Irak? Les djihadistes ne devraient pas s’attendre à des représailles immédiates? Pour ce qui est des civils français fuyant pour sauver leurs vies, le Premier Ministre explique qu’ils s’en vont volontairement.

        Ce qui ne veut pas dire que des foules en délire brandissant des machettes doivent être admirées. Pas plus que des shebabs meurtriers. Ou des coupeurs de têtes djihadistes. Et, pendant qu’on y est, des terroristes comateux pompeusement reçus comme des chefs d’état.

        Toutefois, tout ce désordre pourrait être mis à profit si la vue de la population ivoirienne fondant sur les derniers restes des intérêts français en Afrique pouvait briser le mur de la rhétorique qui emprisonne la société française. Selon des sources ivoiriennes 64 manifestants et plus d’un millier blessés à Abidjan au cours de ces derniers jours. Comment ces manifestants ont-ils été tués? Par qui? les médias français rapportent le décompte de victimes avec une indifférence désincarnée. Les premières victimes de l’ainsi nmmée Intifada d’al-Aqsa ont été tuées plusieurs fois, de façon grotesque, sanglante, dans la presse française. Leurs morts ont vécu, respiré pendant des jours, des mois, jusqu’à ce jour.  Les émeutiers palestiniens morts ou blessés de l’année 2000 ont été brandis pour justifier des atrocités contre des civils israéliens. Elles ont justifié le refus de feu Arafat de négocier, d’être ferme avec les terroristes, de cesser de financer des attaques terroristes.

        le Ministre des Affaires Étrangères français Michel Barnier appelle la destruction de la lilliputienne armée de l’air ivoirienne de la “légitime défense”. Quand les forces de défense israéliennes détruisent le domicile d’un terroriste kamikaze, elles sont accusées de crimes de guerre et pire. C’est le Michel Barnier qui a insisté pour visiter Yasser Arafat à sa première visite au Moyen-Orient comme chef du Quai d’Orsay. Il a fait un second voyage pour voir Ariel Sharon et déclarer qu’Israël doit négocier avec Yasser Arafat, le dirigeant légitime du peuple palestinien; il ne peut y avoir de paix sans négociation, pas de négociation sans Yasser Arafat.

        Ceci est le vrai visage d’un gouvernement français qui était prêt à laisser faire les rebelles moitié-fous moitié-islamiques qui menaçaient de renverser le gouvernement ivoirien, et qui maintenant tire sur les Ivoiriens enragés se soulevant contre les derniers restes de ce qu’ils appellent l’Occupation française. Ce sont les méthodes d’un gouvernement français qui a pratiquement coupé ses liens avec les USA – accusés de rouler des mécaniques eu Moyen-Orient – et préfère conclure des accords avec des manieurs de couteau coiffés de keffiehs.

        Alors que les citoyens français déboussolés fuyant la RCI arrivaient à l’aéroport de Roissy avec rien de plus que ce qu’ils avaient sur le dos, le terroriste Yasser Arafat s’est vu offrir un départ en grande pompe à Villacoublay. Est-ce une surprise que les nationalistes à Abidjan agitaient des bannières étoilées? Et les foules enfiévrées massées à l’intérieur de la Mouqata pour les funérailles de l’archi-terroriste brandissaient, côte à côte avec les drapeaux de la Palestine, du Hamas et du Djihad Islamique, le Tricolore de la République Française.

        C’est la honte.

        12 novembre 2004

        Nidra Poller

        Metula News Agency © (:p…! ndt ;) )

        La Mena est une agence d’analyse, de ré-information et de reportage de
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Offline Setanta

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  Yamoussoukro mon amour ! (info # 011202/3)

        Par Nidra Poller à Paris© Metula News Agency

        J’ai des liens affectifs avec la Côte d’Ivoire. Une histoire d’amour déçu.
        Je connais personnellement le président actuel de la Côte d’Ivoire, Laurent
        Gbagbo. Voici d’ailleurs un scoop : son nom se dit tout simplement « Babo. »
        Les « g » ne se prononcent pas en Côte d’Ivoire et le fait qu’aucun
        journaliste français n’a fait l’effort de cueillir ce petit brin d’information
        en dit long sur l’état de nos médias. Il en sera question ici, de l’état de
        nos médias et de la médiatisation des faits et gestes de l’Etat français
        face à cette crise majeure dans un pays africain, où sont installés quelques
        16 000 Français, que personne n’a pensé à qualifier de colons. C’est l’occasion
        d’assister, en temps réel, à une démonstration exemplaire de la finesse
        française adaptée à l’exercice de la politique internationale et, d’après ce
        qu’on voudrait nous faire croire ici, il s’agirait d’un savoir-faire
        cruellement déficient chez les Américains.

        Je devrais dire j’ai connu Laurent Gbagbo car je n’ai pas fait copain-copine
        avec le Président. C’est Laurent, le professeur d’histoire, col roulé, mal
        rasé, coiffé en afro indiscipliné, la voix rouée de tristesse, que j’ai
        connu au début des années 80. Obligé de fuir son pays, comme tant d’intellectuels
        africains menacés de mort pour avoir exprimé une opinion. N’importe quelle
        opinion, d’ailleurs ! Les présidents à vie des indépendances ne souffraient
        alors aucune expression d’opinion. Pour ne pas se fatiguer à faire le tri
        entre les bonnes, les moyennes et les mauvaises, ils les exorcisaient
        toutes. Il faut savoir canaliser les énergies si on veut vivre longtemps en
        demeurant président en Afrique ! Laurent, professeur, auteur et un peu homme
        politique dans une opposition qui n’existait pas, vivait un exil ingrat, ici
        à Paris, car figurez-vous, les droits de l’hommistes ne se souciaient guère
        des victimes de Houphouët-Boigny. On leur disait : « la Côte d’Ivoire ce n’est
        pas la Guinée-Sekou Touré voyons ! » Un peu comme on nous dit maintenant qu’une
        poignée de synagogues brûlées ne fait pas une Kristallnacht.

        Je naviguais alors dans ces eaux africaines, antillaises, noir américaines,
        je côtoyais des musiciens et des écrivains célèbres, ratés, ou prometteurs,
        je partageais les peines et les joies de mes amis noirs, en leur laissant l’exclusivité
        du temps de parole afin qu’ils expriment leurs doléances et autres
        énumérations de droits bafoués.

        Le meilleur, le plus fin, le plus élégant et intelligent, le plus
        authentique, le plus traditionnel, le plus moderne, c’était NXE. Ce
        journaliste, brillant, dont la carrière exceptionnelle fut brisée par la
        colère du Grand Chef, a fini par rentrer en Afrique. par amour pour sa
        terre, disait-il, et parce qu’il ne supportait pas le racisme français, et
        encore parce que nos médias français – les mêmes qui assassinent aujourd’hui
        mon identité juive au nom des damnés de la terre – n’avaient pas de place
        pour un génie ivoirien. Je pourrais donner des noms mais il vaut mieux ne
        pas exciter les vipères à l’heure qu’il est. C’est par NXE que j’ai connu
        Laurent Gbagbo. Chacun à son tour, confiné dans exil imposé, puis rentré en
        Côte d’Ivoire, avec la différence que NXE est mort dans un accident de
        voiture à l’africaine et Laurent est encore président.

        Je l’ai croisé un jour, Laurent, à l’aéroport de Roissy, en costume de
        dignitaire à fines rayures blanches, rasé de près, les cheveux rentrés dans
        l’ordre, la silhouette affinée, le même sourire attendrissant, innocent. On
        commençait à parler de lui comme leader d’un parti qui compte, il a adhéré,
        si je ne me trompe, à l’un de ces gouvernements douteux de la période
        trouble. Je suivais sa carrière, de loin, sans pouvoir juger du bien fondé
        de la déception ressentie par nos amis d’autrefois: les intellectuels sont
        rarement contents quand leurs pairs sont au pouvoir !

        La première Guerre du Golfe a bouleversé mon paysage social. Mon African
        connection n’y a résisté que partiellement. Je restais pourtant à me faire
        des soucis pour mes amis, à l’époque où la Côte d’Ivoire semblait tomber
        dans une spirale de coups d’Etat, suivant vaguement le contentieux avec
        Alissane Ouattera, mais mon attention se focalisait de plus en plus sur une
        question que j’avais crue réglée une fois pour toutes en Europe : la
        question juive.

        Et l’Afrique, que j’ai tant aimée, jalouse de mes autres préoccupations, s’est
        réveillée en me donnant des gifles. Durban, certainement, mais aussi le
        soutien quasi-unanime pour les thèses radicalement antisionistes de la part
        des journalistes, notables, intellectuels, étudiants, reçus désormais à bras
        ouverts par les mêmes médias qui ne voulaient pas de NXE. Aujourd’hui les
        Africains hurlent avec les loups et mes amis africains n’ont pas un mot, pas
        une pensée pour moi. Ni la montée de l’antisémitisme, ni les attentats du 11
        septembre n’ont provoqué la moindre manifestation de leur part. Preuve que
        je n’existais pas pour eux comme juive ou comme américaine mais uniquement
        comme sympathisante de leur cause.

        Et voilà, qu’à quelques semaines de l’opération militaire en Iraq, le
        conflit en Côte d’Ivoire nous offre une démonstration inouïe de la mise en
        ouvre de la politique internationale française. Exemple éblouissant s’il en
        fut ! Comme d’habitude, c’est par la radio que je prends le pouls de la
        République.

        Les rebelles prennent les armes, il y a des accrochages, l’armée française
        débarque, décrète le cessez le feu, se positionne sur la ligne de
        démarcation, alors je dresse l’oreille. On tend la micro au chef des
        rebelles, on colporte des rumeurs de fosses communes, des mercenaires venus
        prêter mains fortes aux loyalistes, et surtout, on empêche le gouvernement
        élu du président, mon ami Laurent Gbagbo, d’avancer pour écraser la
        rébellion. J’apprends, lors d’une émission de la presse africaine sur RFI,
        que la rébellion est soutenue par Khadafi, les pourparlers de paix à Lomé c’est
        Khadafi qui en est l’architecte et le propriétaire de l’hôtel où ils se
        déroulent, c’est, vous l’aurez deviné, lecteurs avisés de la Ména, encore
        Khadafi. En dehors de ces vérités qui nous parviennent par bribes, on n’a
        droit qu’à une version épurée des informations sur le conflit. (La relation
        des événements de Côte d’Ivoire, telle qu’elle est proposée par les médias
        audiovisuels français est absolument et volontairement inintelligible Ndlr.)

        La position française est claire : non à la guerre ! Il faut régler le
        conflit par la négociation (et je me dis que les rebelles, pendant ce temps,
        s’installent, le pays est divisé, les armes et les guerriers peuvent s’infiltrer
        tranquillement.). Malgré le tout Khadafi, malgré le CDAO et les chefs d’Etats
        plus sages les uns que les autres, les pourparlers sont bloqués. Les troupes
        de Laurent font un pas de côté, les autorités françaises tapent sur les
        doigts des loyalistes. Un nouveau vocabulaire médiatique ad hoc se met en
        place. Le président élu, l’Etat souverain, la démocratie même disparaissent
        pour laisser place à un conflit entre rebelles et loyalistes. Deux
        communautés qui s’affrontent quoi ! Chacun a ses raisons, la France a
        toujours raison et l’enchaînement se termine par une invitation au Château.

        Vous connaissez la partition. Il faut retourner à la table des négociations,
        ne pas envenimer la situation en ripostant aux attaques avec force -
        excessive, par définition -, la communauté internationale doit intervenir.
        Une conférence internationale -à Paris of course- s’impose ! Laurent ne peut
        pas faire comme Arik. Il doit accepter l’invitation et j’ai de la peine pour
        lui. J’aimerais l’inviter à dîner comme autrefois mais je sais qu’on ne le
        laisserait pas quitter le château. Les dépêches tombent en langue de bois
        intégrale : tout se passe à merveille à Marcoussis, le problème est en gros
        réglé, restent quelques détails et à mettre le champagne au frais. Les
        rebelles sont devenus les forces nouvelles. Et pourquoi pas, si le Hezbollah
        est bien, pour la France, un important organisme de bienfaisance ! Des
        forces nouvelles contre les loyalistes, tiens, on sera presque tenté de
        choisir les premiers, loyalistes ça fait un peu vieux jeu, non ?

        Des dépêches dégoulinantes de complaisance tombent et se suivent. Un petit
        contrecoup cependant, le président de l’assemblée ivoirienne quitte le
        château en claquant la porte. Surprenante anicroche, alors qu’officiellement
        tout s’arrange pour le mieux : on parle d’un gouvernement d’union nationale,
        d’ élections anticipées et d’autres raffinements du même genre. La carte de
        séjour est supprimée, les lois foncières réécrites. Je ne nie pas qu’il
        existe des vrais problèmes sous-jacents, des injustices faites aux
        Burkinabés et tout le reste. mais le Burkina Fasso prend de drôles de
        positions de nos jours et tout cela commence à nous rappeler la situation
        nigériane.

        On attend Kofi Annan, on attend le président Gebagebo, des chefs d’Etat
        divers, la photo sur le parvis. Les trompettes sonnent à tous vents. Sur
        RFI, c’est tout juste si on n’annonce pas en toutes lettres le pied de nez à
        Bush : nya nya nya tu vois, péquenot-cowboy, c’est comme ça qu’on fait de la
        vraie diplomatie !

        Soudain le centre de gravité passe de Marcoussis à Kléber, où l’on apprend
        que Laurent a été dépouillé de tout sauf son nom écorché. On lui impose un
        Premier ministre rebelle, la France attribue les ministères de la défense et
        de l’intérieur aux forces nouvelles, tout le reste, tout ce qui compte, à
        son opposition et on lui laisse les caisses vides et l’armée démilitarisée.
        Les forces nouvelles, interviewées comme elles le méritent, annoncent qu’elle
        viendront nombreuses avec armes et bagages protéger leur ministres à
        Abidjan. Il y a justement un peu de grabuge à Abidjan, on se demande
        pourquoi, et on essaie de faire croire que Laurent a sauté le déjeuner pour
        sauter plutôt dans un avion afin de calmer les esprits et de commencer au
        plus vite sa nouvelle vie.

        Je me demande, quant à moi, s’il ne s’est pas sauvé encore une fois pour s’éloigner
        d’un tyran en colère ?

        A présent on essaie de le finir. Tantôt en le sommant solennellement de se
        prononcer clairement pour la réconciliation et de mettre en place le nouveau
        gouvernement, tantôt en lui envoyant des flèches empoisonnées. Qui sait ici
        que Laurent Gebagebo est l’auteur de Côte d’Ivoire : économie et société à
        la veille de l’indépendance (1940-1960), Côte d’Ivoire : pour une
        alternative démocratique, Soundjata, Lion du Manding ? Entre temps, si je
        comprends bien, il n’a plus d’armée. Leçon à méditer. J’ai appris par une
        source fiable, qu’une publicité parue dans le Washington Post, quelques
        jours après la signature des accords (désaccords ?) de Marcoussis, supplie
        les Américains d’intervenir et de protéger le gouvernement légitime. J’ai
        perdu mon souffle en entendant que mon gouvernement s’est prononcé en
        faveur de leur application. Mais ouf ! Le commis chargé des affaires
        africaines à Washington a enfin réussi à joindre le chef, le tir est
        rectifié, les Américains demandent maintenant la renégociation de l’accord.

        Justement, boys, ne voyez-vous pas que cette histoire est une affaire en or
        ? La France, qui fait la danse du ventre sur la scène internationale, priant
        clémence et miséricorde envers le misérable Saddam Hussein, la France qui
        gronde et qui tonne qu’il ne faut rien régler par la force des armes et qu’on
        peut tout régler dans la paix du seigneur en se mettant autour d’une table ;
        la France qui ne touchera à une goutte de pétrole sans demander la
        permission de l’ONU ! Cette même France, qui transforme des bandes armées en
        forces nouvelles et leur donne la moitié d’un pays et les moyens de prendre
        l’autre moitié, pour les récompenser d’avoir pris les armes et attaqué l’Etat
        de droit. Des mommas manifestant dans la rue à Abidjan le disent avec leur
        accent de Treichville : « aucun gouvernement accepte ça. »

        Et la France, paisible, pacifiste et faiseuse de paix, que fait-elle quand
        des bandes armées de pierres de gourdins et de machettes s’attaquent à ses
        citoyens en Côte d’Ivoire, pillent leurs maisons, les malmènent, les
        menacent ? Elle fait, mes chers lecteurs, le silence radio. Vous avez
        droit à des directs de Jalalabad du matin au soir, quand des enragés d’Allah
        promettent de brûler des Américains par milliers, aux nanas-journalistes,
        qui répercuter les cris de guerre des shahidin en herbe lors des fêtes du
        Hamas, mais les reportages d’Abidjan, pendant qu’elle vit ses heures les
        plus dures, sont d’une rareté extrême, je dirais même, d’une insuffisance
        impudique.

        Air France a doublé ses vols journaliers en provenance d’Abidjan : deux à la
        place d’un. Le prix aussi a doublé ! La France n’a pas les moyens d’évacuer
        16 000 ressortissants si jamais le besoin s’en faisait sentir. A leur place,
        j’aurais encore plus peur de l’arrivée des forces nouvelles que des
        agissements des patriotes. Et Laurent, que va-t-il faire sans armée pour
        défendre son pays ? On ne le dit pas trop souvent, mieux vaut, semble-t-il,
        être conspué pour l’utilisation de force excessive que démoli par manque de
        force adéquate.

        J’espère que ça ne se terminera pas ainsi, en flash-back et certainement pas
        en bain de sang. Il doit rester quelques divisions de Marines à dispatcher
        en Côte d’Ivoire, en attendant la nouvelle résolution du Conseil de
        Sécurité. Qu’ils viennent, qu’ils renvoient les forces nouvelles à leur
        expéditeur, qu’ils parlent avec Laurent d’homme à homme : Hé mon frère, tu
        ne peux décidément pas frapper ces Burkinabés sur la tête, essayons de
        régler ce problème en frères ! Mais d’abord il reste des fesses à botter. Ce
        ne seront pas les rebelles de Kadhafi qui vont te faire des misères, Babo !

        Nidra Poller
        [email protected]

Source: http://wikileaks.org/gifiles/docs/5042962_re-hello-from-stratfor-thoughts-on-cote-d-ivoire-.html

traduit depuis le web par willsummer