Author Topic: Cinq questions sur Keystone XL, l'oléoduc qui embarrasse Obama  (Read 970 times)

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Cinq questions sur Keystone XL, l'oléoduc qui embarrasse Obama


Le Monde.fr | 04.02.2014 à 17h42 •
 Mis à jour le 04.02.2014 à 18h23 |
Par Audrey Garric
  




Il est la bête noire des écologistes américains et suscite l'embarras de la Maison Blanche. L'oléoduc Keystone XL, qui doit permettre d'acheminer chaque semaine des millions de barils de pétrole extrait des sables bitumineux, du Canada vers le golfe du Mexique, soulève des questions économiques et environnementales, alors que le président américain Barack Obama, pressé par les républicains, doit prochainement se prononcer sur son avenir.

Mardi 4 février, les associations ont appelé à une « journée d'action » au cours de laquelle elles prévoient de submerger le bureau du secrétaire d'Etat John Kerry d'appels téléphoniques et de courriels. Lundi, des rassemblements d'opposants avaient eu lieu, notamment devant la Maison Blanche.

  • Qu'est-ce que Keystone XL ?
Keystone XL (KXL) est un projet d'oléoduc géant entre le Canada et les Etats-Unis, lancé en 2008 et porté par le consortium TransCanada. D'un coût de 5,3 milliards de dollars (4 milliards d'euros), il a pour objectif d'acheminer830 000 barils par jour de brut extrait des sables bitumineux de l'Alberta vers les raffineries texanes du golfe du Mexique.

Son tracé, d'une longueur d'environ 1 900 km dont 1 400 km sur le territoire américain, doit relier Hardisty (Alberta) à Steele City (Nebraska) avec des connexions vers d'autres pipelines existants ou en projet. Le but est de raccourcirde moitié le trajet actuel de l'oléoduc Keystone qui relie depuis 2010 l'Alberta à des terminaux pétroliers dans l'Illinois. TransCanada espère un feu vert rapide de Barack Obama afin de mettre l'oléoduc en service en 2015.
 



  • Quels risques pose-t-il pour l'environnement ?
Dans le tracé initial, la portion entre l'Alberta et le Nebraska était critiquée par les opposants au projet, qui mettaient en garde contre les risques de fuite de pétrole pour les réserves naturelles des Sand Hills aux écosystèmes fragiles. Les opposants rappellent que l'oléoduc initial, Keystone, a connu une douzaine de fuites dès sa première année d'exploitation, dont près de 80 000 litres dans le Dakota du Nord.

C'est ce qui a conduit Barack Obama, en janvier 2012, à rejeter la demande de permis et à demander une étude d'impact écologique. Depuis, TransCanada a revu sa copie et proposé un nouveau tracé présenté comme plus respectueux de l'environnement et qui évite cette zone.




Les écologistes critiquent toujours les risques de pollution des nappes phréatiques en cas de fuite, mais également l'origine du pétrole acheminé. Les sables bitumineux de l'Alberta, ces poches de pétrole non conventionnel visqueux et lourd, nécessitent une extraction bien plus énergivore et consommatrice d'eau que les hydrocarbures traditionnels. 
Surtout, elle génère un grand volume de gaz à effet de serre. Le gouvernement de Stephen Harper a lui-même reconnu, dans un document remis à l'ONU en décembre, que les émissions repartiraient à la hausse au cours des prochaines années, tirées par l'Alberta, qui doit voir une augmentation de ses rejets de CO2 de 40 % entre 2005 et 2030. Lundi 3 février, une étude canadienne publiée dans lesPNAS américaines concluait que l'exploitation à ciel ouvert des sables bitumineux d'Athabasca (Alberta) serait deux à trois fois plus polluante et risquée pour l'environnement et la santé humaine qu'estimé initialement. En cause : des émissions d'hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) rejetées dans l'atmosphère par l'extraction du bitume et lors de l'évaporation des bassins de décantation.


  • Quelles seront ses retombées économiques ?
En transportant 830 000 barils de brut par jour, Keystone XL permettrait, selon le groupe, de réduire la dépendance énergétique américaine de 40 % envers leVenezuela et le Moyen-Orient. Les opposants, eux, rétorquent que Keystone n'aura aucun impact sur l'autonomie énergétique des Etats-Unis car la majorité du pétrole acheminé vers les raffineries sera en réalité exporté vers l'Europe et l'Amérique Latine.

La réalisation de Keystone XL suscite également le débat en ce qui concerne son impact sur le marché du travail. TransCanada estime qu'il créera environ 40 000 emplois directs et indirects et générera plus de 2 milliards de dollars (1,5 milliard d'euros) de revenus. Les opposants, de leur côté, avancent que le projet ne créera que 35 emplois permanents de maintenance et privera le secteur de l'énergie verte de milliers d'emplois qui auraient pu être créés.

Une position soutenue par Barack Obama, qui parle, dans une interview au New York Times en juillet, d'environ 2 000 emplois créés pendant la construction – un an ou deux – puis de seulement « 50 à 100 emplois permanents dans une économie qui en compte 150 millions ». Il a ainsi rejeté les déclarations du président républicain de la Chambre des représentants, John Boehner, qui avait affirmé en mai que « l'oléoduc Keystone (allait) créer des dizaines de milliers d'emplois américains ».

  • Où en est le projet ?



TransCanada a annoncé, le 22 janvier, le début de l'exploitation du tronçon sud de l'oléoduc, entre l'Oklahoma et les raffineries du Texas. Cette portion de l'oléoduc, longue de 780 km et située entièrement en territoire américain, ne faisait pas l'objet de controverses importantes.

Surtout, le 31 janvier, le projet a passé une étape décisive, bien que pas définitive.Dans un rapport, le département d'Etat américain réaffirme que l'exploitation des sables bitumineux dans l'Alberta requiert davantage d'énergie et produit par conséquent davantage de gaz à effet de serre que celle de champs pétrolifères classiques, mais ajoute que le nouvel oléoduc n'aurait pas d'impact significatif sur le rythme d'exploitation de ces réserves et donc sur les rejets de CO2. Le rapport insiste par ailleurs sur le fait que les alternatives à l'oléoduc, comme le transport ferroviaire, entraîneraient 28 % à 42 % d'émissions supplémentaires.

 
  • Quel est le calendrier ?
Le secrétaire d'Etat John Kerry devra formuler une recommandation d'ici à fin avril sur le rapport du département d'Etat, de même que le ministre de l'énergie ainsi que les experts de l'Agence de protection de l'environnement (EPA) et d'autres agences.

Ensuite, Barack Obama, pressé par les républicains, prendra la décision finale, sans qu'aucune date précise n'ait été fixée. Le président américain, qui cherche àfaire de la lutte contre le réchauffement climatique un axe essentiel de son second mandat, avait indiqué, lors d'un discours prononcé en juin 2013, qu'il ne donnerait son feu vert que si l'oléoduc n'était pas de nature à « exacerber de manière significative le problème climatique ».


http://www.lemonde.fr/planete/article/2014/02/04/cinq-questions-sur-keystone-xl-l-oleoduc-qui-embarrasse-barack-obama_4359748_3244.html