Author Topic: La Revue Carcérale des Arts et des Lettres de Barrett Brown: Il s'est passé un  (Read 3042 times)

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Offline mayya

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source : http://frontburner.dmagazine.com/2015/03/19/the-barrett-brown-review-of-arts-and-letters-and-jail-a-funny-thing-happened-on-the-way-to-the-prison/

La Revue Carcérale des Arts et des Lettres de Barrett Brown: Il s'est passé un truc marrant en allant à la prison


ParBarrett Brown
NouvellesLocales
Le 19 mars2015 à 08:37


 

Les sept gars avec qui j'ai récemment habité pendant deux mois dans une petite pièce de la prison du comté de Kaufman en attendant mon transfert avaient la pénible l'habitude de regarder compulsivement les informations régionales à la télé, ce qui est la forme d'info la plus abjecte. Ils regardaient même plusieurs programme d'infos d'affilé sur la même chaîne, sans doute dans le but d'obtenir des perspectives différentes sur les incendies de maison de banlieue et les fermetures du réseau routier aux heures de pointe, plutôt que d'avoir à regarder ces événements à travers un seul prisme idéologique.

Un jour, il y a eu un reportage sur une série de braquages de banque par un type que les médias avaient surnommé *Lunch Bandit Money à cause de son habitude de toujours frapper vers midi, lorsque les caissiers prenaient leur pose déjeuner. Un peu plus tard dans la semaine, il y a eu un autre reportage sur le suspect, accompagné d'images de surveillance - et puis, peu de temps après, il a en fait été placé dans notre cellule, juste après avoir été capturé par les flics qui avaient eu le tuyau d'un ancien complice arrêté pour tout autre chose.

Lunch Money était un gars d'une vingtaine d'années, affable, de la Nouvelle Orléans, qui avait perdu ses deux dents de devant en repoussant quelques assaillants qui avait essayé de cambrioler la chambre du motel où sa famille habitait suite à Katrina et avait déjà fait quatre ans de prison fédérale pour d'autres vols de banque. Il aurait volontiers pris un vrai travail s'il avait été en mesure d'en trouver un, dit-il. Pourtant, admit-il, "J'adore braquer des banques." Je ne pouvais pas imaginer ce qu'il y avait à aimer une telle carrière; nous ne sommes plus à la belle époque, quand un braquage de banque se faisait en brandissant une mitraillette, en dynamitant un coffre-fort, et en s'arrachant dans un roadster Modèle T volé, en compagnie de votre petite amie délurée et bonne buveuse ainsi qu'une douzaine de sacs en tissus ornés du symbole du dollar. De nos jours, ces gars-là vont voir le caissier et lui donnent un mot où il y a écrit qu'ils ont une arme à feu (en fait ils n'en ont pas - car un vol à main armée est beaucoup plus grave pénalement, et il n'y a aucune raison d'amener une arme à feu dans une banque assurée par le gouvernement fédéral, même au Texas).

Les trafiquants de drogue trouvent que les voleurs de banque sont des excentriques fascinants et ont tendance à leur poser tout un tas de questions. Un entrepreneur dans la cocaïne a demandé à Lunch Money "Qu'est-ce que tu aurais fait si, par exemple, tu avais tendu le papier à la connasse et elle t'avait ri au nez ?"

«Mec, ç'aurait foutu la merde," répondit-il pensivement, visiblement ébranlé par cette révolution potentielle dans les affaires humaines.

Une nuit, alors que nous étions tous dans nos couchettes en train de discuter de ce monde affreux, Lunch Money a annoncé que Magic Johnson n'avait jamais eu le VIH et que tout cela avait été un complot de la CIA qui l'avait grassement payé pour faire semblant de telle sorte qu'il pourrait par la suite «récupérer» et le milieu médical américain pourrait être reconnu pour avoir développé des traitements efficaces contre le VIH. Comme preuve, il a dit que Johnson valait plus d'un milliard de dollars sans avoir rien fait de spécial. J'ai discuté avec lui de ce sujet pendant une heure. Ma peine de prison de cinq ans ne me gêne pas trop, car ce sera bien de sortir lorsque se sera fini et voir combien le graphisme des jeux vidéo s'est amélioré pendant que je n'étais pas là, mais j'aimerais bien qu'on me rende l'heure que j'ai passée à discuter de la séropositivité de Magic Johnson avec ce con de Lunch Bandit.

***
L'autre jour, on m'a réveillé à 4h30, escorté jusqu'à une petite pièce vide, fouillé, mis des menottes et des entraves, avec une lourde chaîne enroulée autour de mon abdomen, et placé à l'arrière d'une sombre camionnette grillagée qui semblait sortie d'un des films 'Saw'. Mais c'était pour une bonne raison. Cela signifiait que, ayant récemment écopé de ma condamnation ridicule, je venais d’être "désigné." Une équipe d'élite de sélectionneurs/sorteurs de prison fédérale spécialement formés m'avait choisi un établissement. J'allais à présent commencer le pèlerinage en plusieurs étapes vers le camp précis où je passerai un ou deux ans, en fonction d'éventuels autres problèmes que je pourrais rencontrer à l'avenir (donc deux ans).

Pour la majorité des prévenus fédéraux, ce Voyage du Prisonnier, que je suis heureux d'appeler ainsi, implique une «chaîne de capture," c'est à dire prendre le bus carcéral hebdomadaire pour être emmené au bureau de traitement des détenus sous responsabilité fédérale dans l'Oklahoma, dans lequel le gouvernement fédéral envoi ses victimes depuis le **Trail of Tears. Ils y passent une semaine ou deux avant d'être expédiés l'un après l'autre vers leur prison désignée. Les prisons étant beaucoup plus humaines que les centres de détention peu amusants et horribles où la plupart des accusés sont gardés jusqu'à ce qu'ils baissent les bras et inévitablement négocient un plaidoyer de culpabilité, ce voyage est perçu avec tendre anticipation par les prisonniers fédéraux, ce qui en fait donc la seule population dans l'histoire de l'humanité bassement excitée à l'idée d'aller dans l'Oklahoma.

Quant àmoi, je préfèrerai m'arracher les couilles et les envoyer à Stratfor comme restitution plutôt que mettre le pied dans un état de troisième ordre, comme l'Oklahoma, indépendamment des merveilles qui pourraient se trouver au bout de cet arc en ciel, donc c'est une bonne chose que j'atterrisse juste à côté, dans l'établissement correctionnel fédéral de Fort Worth, qui sera ma maison pour les prochains, euh, deux ans. Je ne sais pas grand chose de Fort Worth à part que c'est un havre de non-droit pour les métis combattants indiens et autres fainéants garçons-vachers à mi-temps qui gaspillent leurs billets verts et scalpent des Comanches dans l'une des innombrables fumeries d'opium chinoises de la ville, et je ne suis pas gêné non-plus par la possibilité que le peu que je sais sur cette commune est raciste et dépassé de 130 ans. Mais j'ai spécifiquement demandé à être envoyé dans la prison fédérale de cette ville d'ignares. D'un, j'avais déjà «fait le tour du campus», pour ainsi dire, car peu de temps après mon arrestation j'avais passé deux mois dans l'unité de la prison FCI Fort Worth pour que les psychologues en résidence puissent me soumettre à une évaluation de compétences. (Basé sur leur rapport, le juge Sam Lindsay m'a déclaré compétent pour être jugé, ce qui est plus que je ne peux en dire sur le juge Sam Lindsay.)

Fort Worth est également la seule prison fédérale en dehors de FCI Seagoville qui est situé près de Dallas, et je suis sûr que je suis toujours interdit de séjour là-bas, j'en ai parlé dans un article précédent, et naturellement je veux être près de mes parents pour qu'ils puissent me rendre visite avec une certaine régularité. Ma mère, écrivain et éditeur, ancienne hôtesse de l'air et reine de beauté du sud du Texas, et qui, une fois, m'a emmené en vacances voir un cochon nageur dans un endroit appelé Aquarena Springs, est une source précieuse de ragots sur les médias, y compris les magasins en train de brûler (il s'avère que c'est au tour de The New Republic), et fait toujours en sorte de me faire savoir si et dans quelle mesure ma coupe de cheveux est inadéquate. Parfois, s'il m'arrive d'avoir un bouton, elle insiste pour le crever sur le champ, là dans la salle des visites, devant les autres criminels. Notez que j'ai 33 ans et, de toute évidence, je suis un forçat endurci.

Similairement, mon père est ma première source d'information en ce qui concerne l'évolution de l'intrigue dans ce que je crois être une émission de télévision populaire appelée The Blacklist, dont il me détaille longuement les nouveaux épisodes à chaque opportunité, même si je n'ai jamais demandé qu'il me fasse ces rapports ou exprimé un intérêt quel qu'il soit pour ce programme. Soit- dit en passant, quand j'étais enfant, il m'emmena à cinq reprises voir un film intitulé ***Hard Target dans lequel le protagoniste, habilement interprété par Jean Claude van Damme, devient la cible d'un riche type et de son équipe de mercenaires pisteurs professionnels, qu'il finit par tous tuer tour à tour. Mon père m'a aussi donné l'affiche du film et, pendant des années, se tournait vers moi et proclamait solennellement le slogan du film, «Ne chassez pas ce que vous ne pouvez pas tuer», qui je suppose est un conseil qui en vaut un autre.


La dernière fois qu'il est venu me rendre visite, il s'est mis à me parler de la nature et de la puissance destructive potentielle d'une sorte de super-volcan souterrain de Yellowstone et des circonstances générales dans lesquelles un jour il explosera et tuera une grande majorité de Nord-Américains, un événement qu'il prophétisait avec un plaisir évident. Ce n'est pas quelqu'un de style mystique écologique qui méprise l'humanité et a hâte de voir la Terre Mère se battre contre les ravages de la conscience industrielle où un truc énervant dans ce genre. Bien au contraire. Dans ma jeunesse, il m'emmenait souvent dans l'est du Texas et m'ordonnait d'assassiner des cerfs et des sangliers avec des fusils qu'il me donnait tout spécialement, même si je n'avais pas de divergences idéologiques avec ces animaux, et une fois, j'avais 17 ans, il m'a emmené en Afrique de l'est pour l'aider à exploiter les ressources naturelles locales aux côtés d'un groupe d'aventuriers ex-militaires que nous avions suivis (cette expédition a raté d'une manière plutôt spectaculaire), et dernièrement, il semble s’être impliqué dans la fracturation hydraulique. Donc, ce n'est pas un amoureux de la nature. C'est juste qu'il est friand de pouvoir dans ses formes les plus brutales, et s'il sourit à la perspective de 400 millions de morts, c'est seulement parce qu'il pense que l'homme est insuffisamment respectueux du super-volcan en question, en qui Dieu se manifeste, et qui n'a donc pas d'autre choix que de se déchaîner contre nous pour nous punir. Il est également un ancien du Dallas Safari Club et je sais qu'au moins en une occasion il a été pratiquement mangé par un lion. Je pourrais citer des tas et des tas d’exemples. Heureusement mes parents sont divorcés, et ces jours-ci je n'ai généralement à faire face qu'à un seul de ces archétypes hyperactifs gothiques méridionaux à la fois. Parfois, cependant, ils mettent de côté leurs différences afin de venir me harceler ensemble, et je fini par sortir du parloir avec un regard hagard.

On ne m'a pas emmené directement de Kaufman County à Fort Worth, car ç'aurait été trop rapide, facile et économique, la prison étant à moins d'une demi-heure de route; à la place, j'ai été emmené au palais de justice fédéral dans le centre de Dallas pour attendre à la prison Mansfield, où j'avais déjà passé une grosse partie de 2013, et de là, dès qu'un US Marshal passerait dans le coin, il me déposerait à Fort Worth en chemin. À la fin d'une journée sans doute remplie de délibérations majestueuses de la Cour fédérale, j'ai été remis dans la camionnette ronge-toi-le-bras-et-seulement-à-ce-moment-là-tu-auras-la-clé pour faire le trajet vers Mansfield. Dans la cage rouillée à côté de la mienne il y avait deux filles, enchaînées comme moi, qui étaient passées au tribunal dans l'après-midi. L'une d'elles avait pleuré; elle venait d'être condamnée à huit ans pour complot en vue de distribuer de la marijuana bien que le FBI lui avait fait entendre que sa condamnation serait réduite vu sa coopération. Les agents avaient clairement trouvé son témoignage utile, ils l'avaient même rencontrée une deuxième fois, mais néanmoins ils avaient négligé de demander au juge la réduction de peine qu'ils lui avaient promise en échange. Comme la plupart des trafiquants de drogue, cette fille avait l'habitude de faire des affaires sur sa bonne foi et s'attendait à la même chose des autres, mais elle ne avait jamais eu à faire avec le FBI.

Alors qu'elle terminait son histoire en sanglotant, quelque chose d'assez incroyable se produisit: le Marshal qui nous conduisait vers la prison, ayant tout entendu, a apparemment décidé qu'il en avait marre d'être un autre rouage dans un système fasciste qui littéralement enchaîne des femmes et ruine leur vie à cause par de non-crimes comme la vente de marijuana, parce qu'il a arrêté la camionnette, est descendu pour venir à l'arrière, il a déverrouillé la cage de la jeune fille, lui a enlevé ses chaînes , ses entraves et ses menottes, lui a donné tous l'argent qu'il avait sur lui, l'a embrassée sur le front, et lui a conseillé de faire du stop jusqu'au Mexique et ensuite de prendre un vol pour l'Europe, où elle pourrait avoir une nouvelle vie, loin de l'état tout-puissant qui avait cherché à la priver de sa jeunesse et de sa liberté.

Je plaisante. En fait, il nous a conduits à la prison pendant que la fille pleurait dans sa cage.

***

Citationdu jour:


«La vérité ne s'échappe pas souvent des palais." Durant -William

***

Note de la rédaction: Barrett Brown est incarcéré depuis Septembre 2012. Allez ici pour lire les articles précédents de "La Revue Carcérale des Arts et des Lettres de Barrett Brown." Si vous voulez lui envoyer un livre, voici sa liste de souhaits Amazon.

Barrett Brown #45047-177
FCI Fort Worth
P.O. Box 15330
Fort Worth, TX 76119



* Lunch Bandit Money : le bandit de l'argent du déjeuner

**The Trail of Tears : La Piste des Larmes (en cherokee : "Nunna daul Isunyi" « La piste où ils ont pleuré », en anglais : "Trail of Tears") est le déplacement de plusieurs peuples amérindiens par les États-Unis entre 1831 et 1838. Ces populations s'établissent à l'ouest du Mississippi et leurs anciennes terres sont remises à des colons blancs, en application de l’Indian Removal Act. (source wikipedia)

***Chasse à l'Homme

**** US Marshal : Capitaine de gendarmerie