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Écoutes téléphoniques : «On ne va pas remettre en cause nos alliances pour des écoutes…»

PUBLIÉ LE 29/06/2015
PAR OLIVIER BERGER
 
 
Double actualité la semaine dernière pour les spécialistes du renseignement, avec les révélations de Wikileaks sur les écoutes américaines des trois derniers présidents français et le vote définitif de la loi. Nous avons interrogé le spécialiste Olivier Chopin, auteur de « Pourquoi l’Amérique nous espionne ? ».


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Trois présidents écoutés par la NSA
« Je ne sais pas si c’est par intérêt des États-Unis ou s’il s’agit d’un principe. En matière de renseignement technique, tout ce que leurs services peuvent capter et stocker, ils le font. Tout ce qui est capté de façon technologique est assez automatisé. Les informations ne sont donc pas forcément analysées ou traitées ensuite comme un renseignement. Pour le renseignement humain ou même les images satellites, vous ne vous exprimez pas par hasard. Vous décidez de vous introduire chez quelqu’un. Vous demandez une image précise. Là, nous sommes dans une captation de grande ampleur mais avec une intention très faible. »
Espionner les amis ?
« Tout le monde sait ce que font les Américains comme la plupart des grandes puissances industrielles et technologiques. La France est assez en pointe. On se souvient de l’affaire Amesys en Libye (société française qui vendit en 2011 au régime de Kadhafi une surveillance généralisée des communications libyennes) . À partir du moment où l’affaire devient publique avec Wikileaks, M. Hollande est contraint de protester. Mais la publication de preuves que nous nous écoutons entre alliés ne veut pas dire que c’est conforme à la réalité de nos rapports.
On ne va pas remettre en cause nos alliances et coopérations, notamment en matière de terrorisme et de renseignement. Au Sahel, nous sommes en partie dépendants des moyens de renseignement américains. Pour les affaires intérieures, comme les Kouachi, nous sommes aussi approvisionnés par leurs services. On échange tous les jours des informations qui concernent les États-Unis sur des sujets comme les trafics internationaux, la criminalité organisée, le blanchiment d’argent, le terrorisme et les opérations extérieures. On ne se demande pas tous les matins si on doit échanger ces millions d’octets. Plus aucun pays ne peut se renseigner seul car l’ennemi n’est plus localisé. Nous sommes tous contraints d’agir rapidement et en concertation. »

La première loi renseignement en France

« La facette la plus commentée de cette loi est la surveillance du Web, des réseaux sociaux et des communications. La société civile, le conseil national du numérique ou la CNIL(commission nationale informatique et libertés) sont assez logiquement inquiets. Comme les hébergeurs et fournisseurs d’accès à Internet. Le gouvernement se défend en affirmant qu’il s’agit de surveiller, pas de contrôler. Malgré tout, l’argumentation est assez tendue. Pour le rapporteur, le député Jean-Jacques Urvoas, à la fois président de la commission des lois et président de la délégation parlementaire au renseignement, « nous captons tout pour pouvoir discriminer ensuite ». Il ne s’agirait donc pas d’une captation de masse à l’américaine mais de filtrer. Il n’y aurait donc pas atteinte aux libertés fondamentales, mais à la vie privée qui en fait partie. On voit que ce n’est pas si simple que ça.
Il faut être vigilant à chaque fois que le gouvernement déploie un système de surveillance. Mais nous sommes quand même dans un État de droit où il n’y a pas de raison de crier àBig Brother.
Même si elle est imparfaite, cette première loi renseignement constitue donc un cadre réglementaire et légal. On a essayé de trouver une espèce de nouvel équilibre entre les besoins opérationnels et les contraintes venues de l’extérieur. C’est la première loi qui définit l’existence de cette communauté. On peut prévoir que ce ne sera pas la dernière… »
Contrôler les espions ?
« Le diable se niche dans les détails. Il faudra bien regarder les décrets d’application et les premiers usages, actions et saisies de la CNCTR (commission nationale de contrôle des techniques de renseignement). Si on laisse le contrôle être défini par le gouvernement, ce sera un problème politique… »

Entretien réalisé avant les attentats de vendredi.

http://www.lavoixdunord.fr/france-monde/ecoutes-telephoniques-on-ne-va-pas-remettre-en-cause-ia0b0n2914926